40 définitions
Glossaire des villages et du patrimoine
Les mots que l'on croise dans les fiches et sur les panneaux, expliqués simplement, avec pour chacun les villages où les voir.
A
- Abbaye
Une abbaye est un monastère autonome dirigé par un abbé ou une abbesse, mot tiré de l'araméen abba, le père. Les moines ou les moniales y suivent une règle, le plus souvent celle de saint Benoît, et se sont regroupés en grands ordres comme Cluny ou Cîteaux. L'abbaye s'organise autour du cloître, cour carrée bordée de galeries, avec l'église abbatiale, la salle capitulaire, le réfectoire, le dortoir et le logis de l'abbé. Elle se distingue du prieuré, maison dépendante dirigée par un prieur. Beaucoup ont été vendues comme biens nationaux à la Révolution, puis démolies ou transformées en fermes et en usines. En visite, cherchez le cloître, les vestiges des bâtiments conventuels et le village qui s'est souvent formé contre leurs murs.
À voir : Le Bec-Hellouin, Baume-les-Messieurs, Saint-Guilhem-le-Désert, Saint-Antoine-l'Abbaye, Clervaux, Flavigny-sur-Ozerain.
- Aber
Aber est un mot breton qui désigne l'embouchure d'une rivière, et plus précisément ces rias étroites où la marée pénètre profondément dans les terres. On le retrouve dans la toponymie celtique jusqu'au pays de Galles et en Écosse. En Bretagne, il est surtout attaché au nord du Finistère, le pays des Abers, où l'Aber-Wrac'h, l'Aber-Benoît et l'Aber-Ildut découpent la côte en longues langues d'eau. À marée haute, ce sont des bras de mer calmes bordés de bois et de prés salés ; à marée basse, des vasières parcourues par un filet d'eau douce, où pêcheurs à pied et oiseaux se partagent les bancs. Sur la presqu'île de Crozon, l'anse et la plage de l'Aber gardent le mot. Sur les cartes, les noms en Aber jalonnent toute cette côte.
- Art roman
L'art roman désigne l'architecture et le décor des églises bâties en Europe occidentale entre l'an mil environ et la fin du XIIe siècle, avant le gothique. Le terme, forgé au XIXe siècle, souligne sa parenté avec l'héritage romain, comme pour les langues romanes. Il accompagne l'essor des monastères et des pèlerinages, notamment vers Saint-Jacques-de-Compostelle. Vous le reconnaissez à ses arcs en plein cintre, à ses murs épais percés de petites fenêtres, à ses voûtes en berceau épaulées par des contreforts et à son chevet arrondi flanqué d'absidioles. Le décor se concentre sur les chapiteaux sculptés, les tympans des portails, comme le Jugement dernier de Conques, et sur des fresques. Chaque région a son style, de la Bourgogne à la Saintonge et à la Catalogne.
À voir : Conques, Vézelay, Semur-en-Brionnais, Saint-Guilhem-le-Désert, Talmont-sur-Gironde, Santillana del Mar.
B
- Bastide
Ville neuve fondée au Moyen Âge dans le Sud-Ouest selon un plan régulier. Du début du XIIIe au milieu du XIVe siècle, rois de France, rois d'Angleterre, ducs d'Aquitaine, et comtes de Toulouse en créent plusieurs centaines, souvent en paréage avec une abbaye ou un seigneur local, pour peupler et tenir un territoire. Une charte de coutumes accorde terres et franchises aux colons. On la reconnaît à son plan en damier, à ses parcelles de même largeur, à sa place centrale bordée de couverts (les cornières du Périgord et du Quercy) et occupée par une halle, à l'église placée en retrait et aux andrones, étroits passages entre les maisons. En Provence, le mot désigne tout autre chose : une maison de maître à la campagne.
À voir : Monpazier, Domme, Cordes-sur-Ciel, Lauzerte, La Bastide-Clairence.
- Borie
Cabane de pierre sèche, sans mortier ni charpente, typique des plateaux calcaires de Provence. Sa voûte est montée en encorbellement : chaque assise de pierres plates avance un peu sur la précédente, jusqu'à ce qu'une dalle ferme le sommet. Ronde, carrée ou en forme de cône, elle servait de remise à outils, d'abri de berger, ou de bergerie. La technique est très ancienne, mais la plupart des bories visibles datent des XVIIIe et XIXe siècles, quand on défrichait les collines pour la vigne, l'olivier et le blé. On la repère dans la garrigue, près des murets et des tas de pierres retirées des champs. Ailleurs, on parle de capitelle en Languedoc, de caselle en Quercy, de gariotte en Périgord.
À voir : Gordes, Venasque, Cotignac, Balazuc, Saint-Cirq-Lapopie, Minerve.
- Bourg
Un bourg est une agglomération plus importante qu'un simple village, organisée autour d'un marché. Le mot vient du bas latin burgus, emprunté au germanique burg, la place forte : beaucoup de bourgs se sont formés au pied d'un château ou d'une abbaye, et leurs habitants, marchands et artisans, ont donné le mot bourgeois. Dans l'ouest de l'Hexagone, le bourg désigne le chef-lieu de la commune, avec l'église, la mairie et les commerces, par opposition aux hameaux dispersés. Aux Antilles et à La Réunion, c'est aussi le centre de la commune. Un bourg se reconnaît à sa place du marché, parfois couverte d'une halle, à sa rue principale bordée de maisons à boutique au rez-de-chaussée et à ses anciennes auberges de foire.
À voir : Locronan, Le Faou, Beuvron-en-Auge, Lyons-la-Forêt, Deshaies, Grand'Rivière.
C
- Calade
Revêtement de rue fait de galets ou de pierres plates posés sur la tranche et serrés les uns contre les autres. Le mot vient du provençal calado, qui désigne une rue pavée en pente. Enfoncées dans un lit de terre ou de sable, les pierres forment une surface qui accroche sous les sabots des mulets et résiste au ravinement des orages ; une rigole centrale ou latérale évacue l'eau. On reconnaît la calade à ses motifs de lignes, d'arcs ou d'éventails, souvent coupés de bandes de pierre qui dessinent de larges marches basses, les pas-d'âne. Elle se pratique dans tout le Midi, du Vivarais au Roussillon. Sous la pluie, les galets polis deviennent glissants : prévoyez de bonnes semelles.
À voir : Gordes, Séguret, Saint-Paul-de-Vence, Belcastel, Castelnou, Balazuc.
- Castelnau
Village créé au pied d'un château, à l'initiative de son seigneur, dans le Midi médiéval. Le mot, occitan, signifie « château neuf » : les historiens l'emploient pour les bourgs fondés surtout entre le XIe et le XIIIe siècle, quand un seigneur attire des habitants pour peupler et défendre sa terre. Les maisons se serrent contre la forteresse, en longueur sur une crête ou en gradins sur un versant, et une même enceinte réunit parfois château et bourg. À la différence de la bastide, le plan épouse le relief et reste commandé par le château. Le mot survit dans de nombreux toponymes, Castelnau ou Castelnaud, et en catalan dans Castelnou. Sur place, suivez les rues qui descendent du château : elles dessinent le bourg.
À voir : Castelnaud-la-Chapelle, Beynac-et-Cazenac, Bruniquel, Najac, Castelnou.
- Causse
Un causse est un haut plateau calcaire, sec et dénudé, du sud et du sud-ouest du Massif central. Le mot vient de l'occitan, lui-même issu du latin calx, la chaux. L'eau de pluie s'infiltre aussitôt dans la roche fissurée : pas de rivières en surface, mais des gouffres, des grottes et des résurgences au pied des falaises. Le paysage est fait de pelouses rases, de buis, de genévriers et de chênes, parcourus par les troupeaux de brebis. Sur place, repérez les murets et les cabanes de pierre sèche, les lavognes, ces mares pavées qui abreuvent les bêtes, et les creux cultivés des dolines. Les Grands Causses (Larzac, Méjean, Sauveterre, Noir) et les causses du Quercy (Gramat, Limogne, Martel) sont les plus connus.
À voir : La Couvertoirade, Sainte-Enimie, Rocamadour, Loubressac, Saint-Cirq-Lapopie, Minerve.
- Chemin de ronde
Passage aménagé au sommet d'une enceinte ou d'un château, derrière le parapet crénelé. Il permettait aux guetteurs de faire leur ronde et aux défenseurs de circuler d'une tour à l'autre pour tirer par les créneaux. Selon les époques et les régions, il est à ciel ouvert, abrité sous un toit de tuiles porté par des poteaux, ou logé en galerie voûtée dans l'épaisseur du mur, percée de meurtrières. Depuis l'intérieur des remparts, des escaliers de pierre ou des rampes y montent. C'est aujourd'hui la meilleure promenade pour comprendre un lieu fortifié : on y lit le plan des rues, la position des tours et le paysage que l'on surveillait. Attention aux tronçons sans garde-corps.
À voir : Rothenburg ob der Tauber, Brouage, Marvão, Cordes-sur-Ciel, Bacharach, Villefranche-de-Conflent.
- Cirque
Un cirque est une dépression en demi-cercle fermée par de hautes parois, comme les gradins d'un amphithéâtre, d'où son nom tiré du latin circus. Il peut avoir plusieurs origines. En montagne, le cirque glaciaire est le berceau d'un ancien glacier, au fond souvent occupé par un lac. En pays calcaire, il ferme le bout d'une vallée, là où une source ou une cascade jaillit au pied des falaises, comme à Autoire ou au fond de la reculée de Baume. À La Réunion, Cilaos, Salazie et Mafate sont d'immenses cirques creusés surtout par l'érosion dans le massif du Piton des Neiges, fermés par des remparts de plus de 1 000 m. Depuis un belvédère sur le rebord, le fer à cheval se lit d'un coup d'œil.
À voir : Cilaos, Hell-Bourg, Autoire, Saint-Guilhem-le-Désert, Baume-les-Messieurs, Bonneval-sur-Arc.
- Cité médiévale
Petite ville ou gros bourg dont le tissu du Moyen Âge est resté presque intact. L'expression relève de l'usage courant plus que du vocabulaire savant : au sens strict, la cité désigne la ville principale d'un territoire, héritière de la civitas romaine et siège d'un évêque, mais on l'applique aujourd'hui à toute agglomération ancienne, le plus souvent fortifiée. Ses signes distinctifs : des remparts et des portes, un réseau de rues pavées serré autour d'une église ou d'un château, des places de marché et des maisons de marchands ou de notables, en pierre ou à pans de bois, avec fenêtres géminées, enseignes et arcades au rez-de-chaussée. Le soir, une fois les visiteurs partis, elle se comprend mieux.
À voir : Pérouges, Noyers-sur-Serein, Sainte-Suzanne, Rothenburg ob der Tauber, San Gimignano, Óbidos.
- Cluse
Une cluse est une gorge étroite qui coupe à angle droit un pli montagneux, là où une rivière a scié la crête au lieu de la contourner. Le mot, du latin clusa (lieu fermé), vient du Jura, où l'on distingue la cluse, qui coupe le relief, du val, qui le longe, et de la combe, creusée au sommet d'un pli. Dans les Préalpes du Sud, on dit clue : au sud d'Entrevaux, sur la route de Grasse, la clue de Saint-Auban entaille profondément le calcaire. Ces passages obligés étaient souvent verrouillés par un fort, comme le château de Joux. On la reconnaît aux deux falaises face à face, à la route et à la rivière qui se partagent le fond et aux couches de roche redressées.
À voir : Entrevaux, Villefranche-de-Conflent.
- Colombages
Ossature de bois apparente dont les vides sont remplis de torchis, de briques ou de pierres. Le mot vient de colombe, ancien nom du poteau vertical ; on parle aussi de pan de bois. Poteaux, sablières et pièces obliques, le plus souvent en chêne, sont assemblés à tenons et mortaises puis chevillés, ce qui permettait de préparer la façade au sol avant de la lever. Les dessins changent d'une région à l'autre : poteaux serrés en Normandie, croix de Saint-André et motifs décoratifs en Alsace et en Allemagne, bois peints en rouge ou en vert au Pays basque. Les maisons médiévales à colombages avancent souvent leurs étages en encorbellement. Regardez aussi les sablières sculptées et les dates gravées sur les poutres.
À voir : Beuvron-en-Auge, Riquewihr, Hunspach, Monschau, Rothenburg ob der Tauber, Ainhoa.
D
- Donjon
Tour maîtresse d'un château fort, la plus haute et la plus massive. Résidence du seigneur, symbole de son pouvoir et dernier refuge en cas d'assaut, il tire son nom du latin dominus, le seigneur. Les premiers donjons de pierre, aux XIe et XIIe siècles, sont carrés ou rectangulaires, épaulés de contreforts plats ; à partir de la fin du XIIe siècle, le plan circulaire se répand, car il résiste mieux à la sape et aux projectiles. Signe caractéristique : une porte d'entrée surélevée, à plusieurs mètres du sol, que l'on atteignait par une échelle ou un escalier de bois amovible. À l'intérieur, les étages se superposent, souvent reliés par un escalier à vis pris dans l'épaisseur du mur.
À voir : Sainte-Suzanne, Semur-en-Brionnais, Vouvant, Najac, Montpeyroux, Crupet.
E
- Échauguette
Petite guérite de pierre suspendue en encorbellement à l'angle d'une muraille, d'une tour ou d'une porte. Un guetteur pouvait s'y tenir à l'abri pour surveiller les abords et le pied du mur. Le mot vient d'un terme francique qui désignait le guet. Ronde ou polygonale, l'échauguette repose sur un cul-de-lampe mouluré, s'ouvre par d'étroites fentes d'observation ou de tir et se coiffe souvent d'un toit de pierre ou d'ardoise en poivrière. Née au Moyen Âge, elle ponctue encore aux XVIe et XVIIe siècles les angles des enceintes bastionnées et orne aussi les manoirs. Ne la confondez pas avec la bretèche, logette en saillie placée au-dessus d'une porte et ouverte vers le bas.
À voir : Brouage, Collonges-la-Rouge.
- Encorbellement
Saillie d'une construction au-delà du mur qui la porte, soutenue par des consoles ou par des assises en avancée. Au village, c'est d'abord la façade dont chaque étage déborde sur la rue au-dessus du précédent : on gagnait de la surface habitable dans des bourgs à l'étroit tout en abritant le pied des murs de la pluie. Ces saillies, fréquentes sur les maisons à pans de bois des XVe et XVIe siècles, reposent sur l'avancée des solives ou sur des consoles sculptées. Les règlements urbains de l'époque moderne les ont peu à peu limitées, par crainte des incendies et pour faire entrer la lumière dans les rues. Le même principe porte les tourelles d'escalier, les échauguettes et la voûte des bories.
À voir : Le Faou, Noyers-sur-Serein, Saint-Antoine-l'Abbaye, La Alberca, Rochefort-en-Terre, Conques.
F
- Fortifications Vauban
On appelle fortifications Vauban les places fortes bâties ou remaniées par Sébastien Le Prestre de Vauban (1633-1707), ingénieur militaire de Louis XIV, qui aurait travaillé sur environ 300 sites pour protéger les frontières du royaume. Son système perfectionne le tracé bastionné : des murs bas et épais, précédés de fossés et de glacis en pente douce, et des bastions en pointe qui ne laissent aucun angle mort. Vu du ciel, l'ensemble dessine une étoile. Douze sites ont été inscrits en 2008 au patrimoine mondial de l'Unesco, dont Villefranche-de-Conflent. Sur place, repérez les échauguettes aux angles des bastions, les demi-lunes devant les portes, les poudrières voûtées et les portes monumentales à pont-levis, souvent ornées d'armoiries royales.
À voir : Villefranche-de-Conflent, Entrevaux, Collioure, Bouillon, Brouage, Barfleur.
G
- Gabarre
La gabarre, ou gabare selon l'orthographe des dictionnaires, est un bateau de rivière en bois, à fond plat, qui transportait les marchandises sur la Dordogne, le Lot, la Garonne et la Charente. Elle descendait le courant chargée de merrain (le bois des tonneaux), de vin, de fromages ou de noix vers Libourne et Bordeaux, puis remontait à la voile, à la rame ou tirée depuis les chemins de halage. Sur la haute Dordogne, certaines étaient démontées à l'arrivée et vendues comme bois, et les gabariers rentraient à pied. L'arrivée du chemin de fer, au XIXe siècle, a peu à peu fait disparaître ce trafic. Aujourd'hui, des répliques promènent les visiteurs au pied des falaises. Repérez aussi les quais pavés, les maisons de bateliers et les anciens chemins de halage.
À voir : La Roque-Gageac, Beynac-et-Cazenac, Castelnaud-la-Chapelle, Limeuil, Domme, Saint-Cirq-Lapopie.
- Gorges
Des gorges sont une vallée étroite et profonde, aux versants presque verticaux, taillée par une rivière. Le mot reprend l'image du gosier : un passage resserré où l'eau s'engouffre. Elles se forment surtout dans le calcaire, quand un cours d'eau s'enfonce peu à peu dans un plateau, comme le Tarn entre les causses Méjean et de Sauveterre, l'Aveyron en aval de Najac ou le Verdon en Haute-Provence. Vous les reconnaissez aux falaises qui se répondent d'une rive à l'autre, aux routes en corniche percées de tunnels, aux plages de galets et aux villages serrés sur une étroite banquette au bord de l'eau ou perchés sur le rebord. Le canoë reste la meilleure façon de les parcourir, tôt le matin en été, quand la rivière est encore calme.
À voir : Sainte-Enimie, Minerve, Bruniquel, Gourdon, Najac, Moustiers-Sainte-Marie.
H
- Halle
Bâtiment couvert et ouvert sur les côtés, qui abritait le marché et les foires. Son établissement était un privilège accordé par le seigneur ou le roi, et les droits prélevés sur les ventes alimentaient le trésor seigneurial ou la caisse de la communauté. Elle occupe presque toujours la place principale : une charpente de chêne ou de châtaignier posée sur des piliers de bois ou de pierre, sous un grand toit de tuiles ou d'ardoise qui descend bas. Cherchez sous l'abri les mesures à grain creusées dans la pierre, étalons officiels des volumes de blé. Beaucoup de halles actuelles datent des XVIe au XVIIIe siècle, rebâties sur un emplacement médiéval, et accueillent encore le marché hebdomadaire.
À voir : Monpazier, Cordes-sur-Ciel, Lyons-la-Forêt, Montrésor, Collonges-la-Rouge, Saint-Antoine-l'Abbaye.
- Hameau
Un hameau est un petit groupe de maisons, souvent quelques fermes, sans église paroissiale ni mairie, rattaché à une commune dont le centre est ailleurs. Le mot vient de l'ancien français hamel, diminutif d'un mot francique qui a aussi donné home en anglais. En montagne, les hameaux s'étagent en altitude au fil des pâturages, et certains n'étaient habités qu'à la belle saison. On identifie un hameau à sa petite taille, à son four à pain commun, à sa fontaine ou à son lavoir, parfois à une chapelle, et aux chemins qui le relient au village principal. Beaucoup ont été désertés au XXe siècle, puis restaurés en résidences ou en gîtes, mais certains gardent des fermes en activité.
À voir : Bonneval-sur-Arc, Beynac-et-Cazenac, Alpbach, Heiligenblut am Großglockner, Piódão.
K
- Karst
Le karst désigne l'ensemble des formes creusées par l'eau dans les roches solubles, surtout le calcaire. Le nom vient du Kras, un plateau calcaire à cheval sur la Slovénie et l'Italie, que les géographes ont étudié les premiers. La pluie, légèrement acide, dissout lentement la roche et s'infiltre par les fissures. En surface, les rivières disparaissent dans des pertes, le sol se creuse de dolines et de gouffres, la roche nue se cisèle en lapiaz. En profondeur, l'eau circule dans des galeries et des grottes avant de ressortir en résurgence. Un paysage karstique se reconnaît à l'absence de ruisseaux, aux creux circulaires cultivés, aux avens entourés de grillages et aux sources puissantes qui jaillissent au pied des falaises.
À voir : Gourdon, Rocamadour, Autoire, Sainte-Enimie, La Couvertoirade, Baume-les-Messieurs.
L
- Lauze
Pierre plate et épaisse, fendue en dalle, qui sert à couvrir les toits. Selon les régions, c'est du calcaire en Périgord, en Quercy et sur les causses, du schiste en Rouergue et dans les Cévennes, du gneiss ou de la roche volcanique en montagne. Posées à sec ou au mortier sur une charpente renforcée, très pentue en Périgord, plus plate en haute montagne, les lauzes forment une couverture extrêmement lourde, plusieurs centaines de kilos par mètre carré, mais qui dure des siècles. Elles se signalent par leur teinte grise, leurs bords irréguliers et leur pose en écailles, les plus grandes en bas du toit, les plus petites vers le faîtage. Le métier de lauzier, rare, se transmet encore dans quelques ateliers.
À voir : Beynac-et-Cazenac, Salers, Bonneval-sur-Arc, Conques, La Couvertoirade, Estaing.
- Lavoir
Bassin public, le plus souvent couvert, où l'on venait laver et rincer le linge. Si quelques-uns sont plus anciens, la plupart ont été bâtis au XIXe siècle, quand le souci d'hygiène pousse les communes à en équiper chaque bourg, parfois chaque hameau. Alimenté par une source, un ruisseau ou une dérivation de rivière, il se compose d'un ou de plusieurs bassins bordés de pierres inclinées où les lavandières, à genoux, frappaient le linge au battoir. Le toit, sur piliers de bois ou de pierre, s'ouvre sur un, deux ou trois côtés ; au bord des rivières, certains ont un plancher mobile qui suit le niveau de l'eau. Lieu de travail et de conversation, il a servi jusqu'à l'arrivée de la machine à laver.
À voir : Torgny, Rodemack, Montrésor, Le Bec-Hellouin, Tourtour, Séguret.
M
- Mâchicoulis
Galerie de pierre en surplomb au sommet d'un mur, d'une tour ou d'une porte, portée par une rangée de consoles. Entre ces consoles, des ouvertures percées dans le sol de la galerie permettaient de lancer pierres et projectiles à la verticale sur les assaillants arrivés au pied de la muraille, angle mort pour les archères. Le dispositif remplace les hourds, galeries de bois provisoires que l'on accrochait en temps de guerre, et se généralise aux XIVe et XVe siècles. Sur place, levez les yeux : une ligne de corbeaux saillants, souvent à plusieurs ressauts, soutient un parapet. À la fin du Moyen Âge, les mâchicoulis deviennent aussi un signe de prestige sur des logis seigneuriaux et des églises fortifiées.
À voir : Salers, Flavigny-sur-Ozerain, Noyers-sur-Serein, Curemonte, Saint-Jean-de-Côle, Candes-Saint-Martin.
- Mas
Le mas est la ferme traditionnelle de Provence, du Languedoc et du Roussillon : une maison rurale isolée au milieu de ses terres, qui réunissait le logis, l'étable, la bergerie et les greniers. Le mot vient du latin mansus, la demeure, de manere, rester. Bâti en pierre, souvent tout en longueur, il tourne le dos au mistral avec une façade nord presque aveugle et s'ouvre au sud, protégé par une haie de cyprès ou un platane. Au fil des générations, on l'agrandissait en accolant de nouveaux corps de bâtiment, d'où ses toits décalés. Sur place, repérez les génoises, ces rangs de tuiles sous l'avant-toit, les tuiles canal, les petites fenêtres et, sur les cartes, les nombreux lieux-dits en « Mas de ». En Catalogne, on parle aussi de masia.
À voir : Gordes, Ménerbes, Lourmarin, Les Baux-de-Provence, Castelnou.
P
- Pierre sèche
Technique de construction qui assemble les pierres sans aucun liant, ni mortier ni terre. La stabilité tient au choix, à la taille sommaire et au calage de chaque bloc, avec un léger fruit, c'est-à-dire une inclinaison du mur vers l'arrière. Elle sert aux murets de clôture, aux murs de soutènement des terrasses (les restanques de Provence), aux cabanes, aux puits et aux abris de berger. Les pierres viennent le plus souvent de l'épierrement des champs eux-mêmes. Un mur en pierre sèche se trahit par ses joints vides, où poussent mousses et fougères, et à son couronnement de pierres posées de chant. L'art de la construction en pierre sèche est inscrit depuis 2018 au patrimoine culturel immatériel de l'Unesco.
À voir : Alberobello, Manarola, Valldemossa, Dürnstein, Gordes, Tourtour.
- Pont-levis
Tablier mobile qui franchit le fossé devant une porte et que l'on relève pour couper l'accès. À la fin du Moyen Âge, le système le plus répandu est celui des flèches : deux longues poutres articulées au-dessus de la porte, reliées au tablier par des chaînes, le soulèvent en basculant ; relevé, le tablier vient se plaquer contre la façade et double le vantail. Même quand le mécanisme a disparu, on repère un ancien pont-levis aux deux fentes verticales qui logeaient les flèches au-dessus de l'arc et à l'encadrement en creux taillé autour de la porte pour recevoir le tablier. Vauban en équipe encore les portes de ses places fortes au XVIIe siècle.
À voir : Entrevaux, Bouillon, Flavigny-sur-Ozerain, Saint-Paul-de-Vence, Rothenburg ob der Tauber.
- Porte fortifiée
Entrée percée dans une enceinte et renforcée, car elle constituait le point faible de toute muraille. La forme la plus simple est la tour-porte, passage voûté sous une tour carrée ; les plus élaborées sont encadrées de deux tours rondes et précédées d'une barbacane ou d'un pont-levis. Pour la reconnaître, cherchez les rainures verticales de la herse dans les parois du passage, les gonds des anciens vantaux, l'assommoir ouvert dans la voûte, les archères ou les mâchicoulis au-dessus de l'arc. Beaucoup ont perdu leur rôle défensif à l'époque moderne et portent une horloge, un beffroi ou une statue. Leur nom rappelle souvent la ville ou la route vers laquelle elles ouvrent.
À voir : Riquewihr, Domme, Yvoire, Moret-sur-Loing, Salers, Cordes-sur-Ciel.
- Presqu'île
Une presqu'île est une avancée de terre entourée d'eau de presque tous côtés et rattachée au continent par une bande étroite, l'isthme. Quand ce lien est une langue de sable ou de galets déposée par les courants, on l'appelle tombolo, comme à Peñíscola, dont le rocher fortifié n'est relié à la côte que par une bande de sable. Le mot vaut aussi pour les lacs : Morcote occupe la pointe d'une presqu'île du lac de Lugano. Elle se reconnaît à ses routes en cul-de-sac, à ses vues sur l'eau de trois côtés et à ses pointes battues par le vent, souvent gardées par un phare, une chapelle ou un fort. Crozon, Quiberon, Giens ou le cap Ferrat en sont des exemples très visités.
À voir : Morcote, Peñíscola, Le Faou, Èze, Mornac-sur-Seudre.
- Pueblo blanco
Pueblo blanco signifie village blanc : l'expression désigne les villages andalous dont toutes les façades sont blanchies à la chaux, souvent chaque année avant l'été. La chaux renvoie la lumière, garde les maisons fraîches et servait aussi de désinfectant. Le plan hérite en partie de la période musulmane : ruelles étroites et tortueuses, escaliers, maisons serrées autour de patios, au pied d'un château ou d'une église perchés. Une route touristique en relie une vingtaine entre la sierra de Grazalema et la serranía de Ronda, et Frigiliana en offre une version tournée vers la mer, dans l'est de la province de Malaga. Dans les ruelles, regardez les grilles de fer forgé, les pots de géraniums accrochés aux murs, les soubassements peints et les tuiles canal ocre qui tranchent sur le blanc.
À voir : Frigiliana, Setenil de las Bodegas.
R
- Reculée
Une reculée est une vallée courte et profonde qui entaille un plateau calcaire et s'arrête brusquement en cul-de-sac, au pied d'un cirque de falaises. Le mot est propre au Jura, où ces vallées aveugles découpent le rebord du premier plateau, au-dessus du vignoble et de la plaine de la Bresse. Elles ont été creusées par l'érosion et par la dissolution du calcaire. Au fond, une source sort souvent d'une grotte et dévale en cascade sur des gradins de tuf. Sur place, vous la reconnaissez à son fond plat couvert de prés, à ses parois en fer à cheval, hautes de près de 200 m à Baume-les-Messieurs, et aux belvédères aménagés sur le rebord du plateau. Les reculées de Baume, de Ladoye et des Planches sont les plus connues.
À voir : Baume-les-Messieurs, Château-Chalon.
- Remparts
Murailles qui ferment une ville ou un village et forment son enceinte. Au Moyen Âge, elles alignent des courtines, pans de mur droits couronnés de créneaux et d'un chemin de ronde, reliées par des tours rondes ou carrées d'où l'on tirait le long du mur. Un fossé, sec ou en eau, et des portes fortifiées complètent le dispositif. Avec l'artillerie, à partir du XVIe siècle, les murs s'abaissent et s'épaississent, et les tours cèdent la place aux bastions en pointe, que Vauban perfectionne au XVIIe siècle. Sur place, le tracé se lit même quand le mur a disparu : une rue courbe qui fait le tour du bourg, des maisons adossées à la muraille, un boulevard planté à l'extérieur.
À voir : La Couvertoirade, Saint-Paul-de-Vence, Villefranche-de-Conflent, Noyers-sur-Serein, Óbidos, Sortelha.
- Ria
Une ria est une ancienne vallée fluviale envahie par la mer. À la fin de la dernière glaciation, la fonte des glaces a fait remonter le niveau des océans de plus de 100 m, et l'eau salée a noyé le bas des vallées creusées dans les côtes rocheuses. Le mot vient du galicien et de l'espagnol ría, car la Galice en est découpée. Contrairement à un estuaire largement ouvert, la ria est étroite et sinueuse, et la marée y remonte loin dans les terres. Sur place, vous la reconnaissez à ses versants boisés qui plongent dans l'eau, aux vasières découvertes à marée basse et au petit port blotti tout au fond. En Bretagne, la Rance, l'Odet ou l'Aven en sont de beaux exemples.
À voir : Le Faou, Saint-Suliac, Locronan.
S
- Sassi
Les Sassi (pluriel de sasso, la pierre) sont les deux quartiers anciens de Matera, en Basilicate : le Sasso Barisano et le Sasso Caveoso. Ils forment un habitat troglodyte creusé dans une roche calcaire tendre, au flanc d'un ravin appelé gravina. Chaque maison prolonge une grotte par une façade maçonnée, et les toits des unes servent souvent de rue aux autres, entre citernes, escaliers et églises rupestres ornées de fresques. Vidés de leurs habitants dans les années 1950 pour insalubrité, ils ont été restaurés et inscrits au patrimoine mondial en 1993. Le même principe, des maisons adossées ou creusées dans la roche, se retrouve ailleurs en Europe du Sud, sous les surplombs de Setenil de las Bodegas ou dans les caves de tuf de Pitigliano.
À voir : Pitigliano, Setenil de las Bodegas.
- Sauveté
Village fondé sous la protection de l'Église, dans le Sud-Ouest des XIe et XIIe siècles. Une abbaye, un chapitre ou un ordre militaire comme les Hospitaliers délimitait un territoire par des croix plantées à ses bornes : à l'intérieur, la paix de Dieu interdisait la violence, et les colons recevaient un emplacement pour bâtir et un lopin à cultiver. Le bourg s'organise autour de l'église, qui tient la place qu'occupe ailleurs le château. Le mot vient du latin salvitas, la sûreté, et survit dans des toponymes comme La Salvetat ou La Sauvetat. Les bourgs nés sous la tutelle d'un monastère ou d'un ordre militaire, comme Conques, Carennac ou La Couvertoirade, relèvent d'une logique voisine sans être des sauvetés au sens strict.
À voir : Conques, Carennac, La Couvertoirade.
T
- Terrasses
Les terrasses, ou cultures en terrasses, sont des gradins aménagés à flanc de pente et retenus par des murets de pierre sèche, pour cultiver là où le terrain est trop raide. Elles retiennent la terre et l'eau, freinent l'érosion et emmagasinent la chaleur, d'où leur succès pour la vigne, l'olivier, les agrumes et les potagers. Chaque région a son nom : restanques en Provence, faïsses dans les Cévennes, bancels en Ardèche, marjades à Majorque. Les vignes de la Wachau et de la Moselle, les citronniers de la côte amalfitaine et les vignes des Cinque Terre, accrochées à pic au-dessus de la mer, en sont des exemples célèbres. En chemin, observez les escaliers de pierre pris dans les murs, les rigoles d'écoulement et les murets éboulés des parcelles abandonnées.
À voir : Manarola, Positano, Dürnstein, Cochem, Valldemossa, Piódão.
- Trulli
Les trulli (au singulier trullo) sont des maisons rurales des Pouilles bâties en pierre sèche, sans mortier. Leurs murs épais sont blanchis à la chaux et coiffés d'un toit conique fait de dalles de calcaire gris posées en anneaux de plus en plus serrés, jusqu'à un pinacle sculpté. Le mot viendrait du grec tardif troullos, la coupole. Une explication répandue, mais discutée, veut qu'on les ait montés sans liant pour pouvoir les démonter au passage des agents du fisc. Sur place, repérez les symboles peints à la chaux sur les cônes, les fenêtres minuscules et les trulli accolés qui forment une seule maison à plusieurs cônes, une pièce sous chacun. La campagne de la vallée d'Itria en est semée, entre murets et oliviers.
À voir : Alberobello, Locorotondo.
V
- Village castral
Village perché regroupé autour d'un château, né du grand regroupement des habitants entre le Xe et le XIIe siècle. Les historiens parlent d'incastellamento : les populations dispersées dans les plaines se rassemblent sur des hauteurs, à l'appel du seigneur ou pour leur sécurité, sous la protection d'un castrum. Les maisons s'enroulent en anneaux ou s'étagent en gradins sous la tour seigneuriale, avec des ruelles étroites, des passages voûtés et une enceinte que forment souvent les murs arrière des maisons. On le reconnaît de loin à sa silhouette en pyramide coiffée d'un château, d'un donjon ou de leurs ruines. C'est l'origine de la plupart des villages perchés de Provence, du Languedoc et d'Italie centrale.
À voir : Gordes, Séguret, Simiane-la-Rotonde, Bormes-les-Mimosas, Èze, Gourdon.
Questions fréquentes
Pourquoi un glossaire sur un site de villages ?
Bastide, calade, lauze, reculée, trulli : les fiches emploient ces mots parce qu'ils décrivent précisément ce que l'on voit. Chaque définition renvoie vers les villages du site qui l'illustrent le mieux.
Les définitions sont-elles savantes ?
Non. Elles sont écrites pour le voyageur : ce que le mot désigne, d'où il vient, comment le reconnaître sur place, et où le rencontrer. Pour aller plus loin, les guides de l'architecture régionale et les offices de tourisme complètent utilement.