Estaing
Un château de schiste, un pont gothique sur le Lot et le passage des pèlerins de Compostelle
Dossier · 13 villages · France, Espagne
Abbatiales, ponts de pèlerins et bastides étapes, de Vézelay à la Cantabrie.

Depuis le Moyen Âge, les pèlerins en route vers Saint-Jacques-de-Compostelle ont façonné une partie des villages que l'on visite aujourd'hui. Les abbayes qui gardaient des reliques, comme Conques ou Vézelay, attiraient les foules et les dons. Les ponts, comme celui d'Estaing sur le Lot, ont été bâtis pour franchir les rivières. Les bastides, comme Lauzerte, ont prospéré grâce aux marcheurs et aux foires. En 1998, l'UNESCO a inscrit au patrimoine mondial les chemins de Saint-Jacques en France, sous la forme d'une série de monuments répartis sur les quatre voies historiques, complétée par des tronçons de sentier sur la voie du Puy. Plusieurs d'entre eux se trouvent dans les villages de ce dossier.
Nous suivons ici les voies une par une : la voie du Puy, la plus fréquentée, par l'Aveyron, le Quercy et le Gers ; la voie de Vézelay et les chemins secondaires de l'Ouest ; Rocamadour et les routes du Limousin ; la voie d'Arles et le piémont pyrénéen ; enfin le passage des Pyrénées et le chemin du Nord, le long de la côte cantabrique. Que vous marchiez une étape ou que vous veniez en voiture, ces villages gardent la trace du chemin : coquilles sculptées sur les portes, églises dédiées à saint Jacques, gîtes d'étape et balises des sentiers de grande randonnée.
La voie du Puy, balisée en GR 65, est la plus parcourue des routes françaises vers Compostelle. En Aveyron, Estaing marque l'arrivée dans la vallée du Lot : chaque matin, les marcheurs franchissent son pont gothique, inscrit au patrimoine mondial, avant de monter vers Golinhac à travers les châtaigniers. Une étape plus loin, Conques les accueille en fin d'après-midi au fond de son vallon, autour de l'abbatiale Sainte-Foy, de son tympan du Jugement dernier et d'un trésor d'orfèvrerie sauvé à la Révolution. Dans le Quercy blanc, la bastide de Lauzerte a aménagé un jardin du Pèlerin en terrasses sous ses remparts. Dans le Gers, Larressingle, minuscule cité close des évêques de Condom, se trouve à 2 km du pont d'Artigues, pont roman sur l'Osse inscrit lui aussi au titre des chemins.
Un château de schiste, un pont gothique sur le Lot et le passage des pèlerins de Compostelle
Toits de lauze, abbatiale romane et tympan sculpté au creux d'un vallon du Rouergue
Une bastide blanche perchée sur le Quercy, étape des pèlerins de Compostelle
La plus petite cité fortifiée de France, close dans ses remparts au milieu des vignes d'Armagnac
Vézelay est l'un des grands points de départ historiques du chemin. Au XIe siècle, les moines annoncent détenir les reliques de Marie-Madeleine, et les pèlerins affluent vers la colline où se dresse toujours la basilique romane. Dans la grande rue, des portes ornées de coquilles rappellent ce passage. Le premier tronçon descend par la porte du Barle et les vergers jusqu'à Asquins et son église Saint-Jacques. Plus à l'ouest, en Charente, Aubeterre-sur-Dronne était une étape sur une voie secondaire : son église Saint-Jacques garde une façade romane sculptée, au-dessus de l'église monolithe creusée dans la falaise. Sur l'estuaire de la Gironde, Talmont-sur-Gironde servait d'escale aux pèlerins qui gagnaient Bordeaux depuis Saintes, ville étape de la voie de Tours.
Une colline, une basilique romane et la lumière du Morvan au bout d'une seule rue
Un amphithéâtre de maisons blanches au-dessus de la Dronne et une église creusée dans la falaise
Une bastide blanche sur un rocher de l'estuaire, une église romane au bord du vide et des roses trémières
Rocamadour est un pèlerinage en soi, devenu au Moyen Âge l'un des plus fréquentés de la chrétienté après la découverte, en 1166, d'un corps attribué à saint Amadour. Les pèlerins gravissaient à genoux les 216 marches du grand escalier jusqu'à la chapelle Notre-Dame et sa Vierge noire. La basilique Saint-Sauveur et la crypte Saint-Amadour figurent au patrimoine mondial au titre des chemins de Saint-Jacques. Le hameau de L'Hospitalet, sur le plateau, doit son nom à l'hôpital qui accueillait les pèlerins et offre la plus belle vue sur la cité. En Corrèze, Collonges-la-Rouge était au XIIIe siècle une étape sur la route de Rocamadour pour les pèlerins venus du Limousin. On peut relier les deux en voiture dans la journée, en passant par Turenne et le causse.
Une cité sanctuaire agrippée à la falaise, trois étages de pierre au-dessus du canyon de l'Alzou
Le village de grès rouge où est née l'association des villages labellisés
La voie d'Arles, aussi appelée voie toulousaine, traverse le Languedoc d'est en ouest. Dans l'Hérault, Saint-Guilhem-le-Désert en est une étape célèbre : l'abbaye de Gellone, fondée en 804 par Guilhem, compagnon d'armes de Charlemagne, abrite une relique de la Vraie Croix et attire les pèlerins depuis le Moyen Âge. Elle est inscrite depuis 1998 au titre des chemins de Saint-Jacques. Plus à l'ouest, au pied des Pyrénées, sur le chemin du piémont pyrénéen, Saint-Bertrand-de-Comminges dresse sa cathédrale Sainte-Marie sur une colline qui domine une ancienne ville romaine. La tombe de l'évêque Bertrand y attirait déjà les foules au XIIe siècle, et un chemin descend toujours de la colline, entre les champs, vers les ruines antiques et la basilique romane de Valcabrère, inscrite elle aussi.
Une abbaye carolingienne et des toits de tuiles blottis au fond d'un cirque de calcaire
Une cathédrale sur une colline, une ville romaine à ses pieds et les Pyrénées derrière
Au Pays basque, Ainhoa est née au XIIIe siècle comme bastide fondée par les moines prémontrés d'Urdax, pour accueillir les pèlerins de Compostelle et les voyageurs qui franchissaient les Pyrénées par la vallée de la Nivelle. Sa rue unique de maisons blanches aux volets rouges, reconstruite au XVIIe siècle, garde ce plan régulier, et une boucle à pied rejoint Urdax et son ancien monastère, côté navarrais. De l'autre côté de la frontière, le chemin du Nord longe la côte cantabrique. Santillana del Mar s'est organisée aux XIIe et XIIIe siècles autour de sa collégiale romane, sur cet itinéraire côtier. Les flèches jaunes traversent toujours le village vers l'ouest, par Oreña, jusqu'à Cóbreces : une étape facile entre prairies, bocage et hameaux de pierre.
Une rue unique de maisons basques rouges et blanches, au pied des collines de la frontière
Rues pavées, palais blasonnés et collégiale romane à deux pas de la grotte d'Altamira
Pratique
Pour marcher une étape, visez avril, mai, juin, septembre ou octobre : les journées sont longues, la chaleur supportable et les gîtes ouverts. Sur la voie du Puy, très fréquentée au printemps, réservez l'hébergement à l'avance. Les villages étapes se remplissent en fin d'après-midi, à l'arrivée des marcheurs : visitez-les plutôt le matin, après leur départ. En voiture, les tronçons courts décrits dans nos fiches, comme Estaing vers Golinhac ou la boucle de Larressingle au pont d'Artigues, donnent un bon aperçu du chemin sans logistique. Prévoyez des chaussures fermées : pavés et calades glissent.
Conques et Estaing, sur la voie du Puy, sont les plus parlants. On y voit arriver ou partir les pèlerins chaque jour de la belle saison, et une portion de GR 65 permet de marcher quelques heures sur le vrai chemin. Lauzerte, dans le Quercy blanc, offre la même expérience avec un jardin consacré au pèlerinage.
On compte quatre voies historiques : la voie de Tours, qui part de Paris, la voie de Vézelay, la voie du Puy et la voie d'Arles. Les trois premières se rejoignent au Pays basque avant de franchir les Pyrénées, tandis que la voie d'Arles passe en Espagne par le col du Somport. De nombreuses variantes régionales les complètent.
Non. L'inscription de 1998 concerne des monuments précis et quelques tronçons de sentier, pas des villages entiers. Côté français, parmi les lieux de ce dossier, sont concernés l'abbatiale de Conques, le pont d'Estaing, les sanctuaires de Rocamadour, l'abbaye de Saint-Guilhem-le-Désert, la cathédrale de Saint-Bertrand-de-Comminges et le pont d'Artigues près de Larressingle. Vézelay est inscrit à part depuis 1979.
Les gîtes d'étape privés accueillent en général tous les randonneurs. Les accueils paroissiaux, communaux ou monastiques, comme celui de l'abbaye de Conques, sont davantage réservés aux pèlerins et demandent souvent une crédentiale, le carnet tamponné à chaque étape. Dans tous les cas, réservez au printemps et en septembre, les places partent vite.